18ème campagne de cueillette des olives en Palestine occupée - Halhul, dimanche 13 octobre

Bethléem

Ce matin, la cueillette des olives a été annulée à cause de l’intervention de l’armée israélienne la veille lors de la cueillette. Après une matinée à recueillir le raisin de R. à Halhul (production dont nous vous parlerons plus amplement lorsque nous visiterons la coopérative), nous nous sommes rendus à Bethléem. Bethléem est une ville de 40 000 habitants, partagée entre les chrétiens et les musulmans (les juifs ne vivent pas à Bethléem). Les palestiniens de Jérusalem se rendent beaucoup à Bethléem pour les besoins quotidiens (nourriture, travail…). La route entre Halhul et Bethléem qui se trouve en zone C est bordée par les colonies et ponctuée de miradors.
En rouge le trajet du mur d’annexion déjà construit ; en pointillés rouges, le mur en construction ; en violet le projet de construction validé par l’occupant israélien…
Le taxi nous dépose au pied du mur. Le mur (en béton, en grillage ou en barbelé) fait 750km pour une longueur de la Cisjordanie de 400km. Le mur n’est en effet pas construit en ligne droite mais contourne les colonies et les lieux revendiqués par Israël. A Bethléem, il enferme la mosquée de Bilal Bin Rabah dit tombeau de Rachel. Sa construction a commencé en 2003. Israël n’en a alors construit qu’une petite partie, attendant les réactions internationales, puis a continué sa construction qui est aujourd’hui réalisée à 65% de l’objectif initial. Le contournement d’une maison palestinienne dont le propriétaire a dû longtemps résister pour éviter l’expulsion, a coûté plusieurs millions de dollars. Le coût n’est pas un frein à la détermination du gouvernement israélien dont l’objectif est bien l’enfermement des palestiniens. Le propriétaire se retrouve avec le mur entourant sa maison, juste devant ses fenêtres, sur trois côtés.
De nombreux artistes et citoyens internationaux ont exprimés leur soutien à la Palestine sur le mur. Nous y trouvons aussi l’expression populaire de la résistance par les palestiniens eux-mêmes. Certains d’entre nous ont tout de même ressenti un malaise face à l’attraction touristique que ce mur représente aujourd’hui (cars touristiques, ventes de bibelot notamment des miniatures du mur, t shirt…).

18ème campagne de cueillette des olives en Palestine occupée, Farkha, le 13 octobre

Ce matin nous avons été divisés en deux groupes pour la cueillette des olives a Deir Istiya :

  • Groupe 1 : Sur une exploitation de 300 oliviers, N. nous a formés à la cueillette pendant que sa femme triait la récolte (séparation des feuilles et des olives) .

  • Groupe 2 : Sur une exploitation de 80 oliviers, c’est la famille de R. qui nous a accueillis.

Dix-sept familles travaillent ensemble à Deir Istiya sur différentes zones communes ou non (cultures d’olives, d’orge ou pâturages). Onze colonies (appelées aussi îlots) se sont implantées près du village et principalement sur les zones de pâtures (plus facilement constructibles et plus sécurisées parce que situées en hauteur).

Après le déjeuner, visite de la coopérative des femmes au dessus du jardin d’enfants. Elles y fabriquent différents mets (sauce pimentée, zaatar, olives préparées…) qu’elles revendent à des restaurateurs ou des marchés. Les femmes y travaillent deux à trois heures par jour, se versant un salaire horaire de 8 shekels (environ 2 euros).

S’en est suivie une visite de l’éco-jardin d’environ un hectare situé sur un coteau en face de Farkha. La terre y est louée pour vingt ans auprès de l’autorite palestinienne, projet soutenu par l’association “Terre et Humanisme”. Ce projet est en lien avec la récolte des olives et la coopérative de femmes. L’objectif de ce jardin agro-écologique est de montrer l’exemple aux paysans locaux, via une culture saine (pas d’engrais chimiques ni de produits phyto-sanitaires) et peu gourmande en eau. On peut y voir plusieurs composts, un méthaniseur artisanal, plusieurs citernes, différentes cultures (arbres fruitiers, aromates, légumes) ainsi que des espaces pour se restaurer, discuter, et même méditer.

La journée s’est achevée avec la rencontre des parents de la femme de notre hôte. Son père ayant été le premier communiste de Farkha, il nous a fait part de son parcours politique depuis la Naqba. De son exode jusqu’à la création des chantiers de volontaires, de la plantation d’oliviers en passant par son emprisonnement en Israël, nous avons été spectateurs du témoignage d’un résistant à l’occupation depuis 1948.

18ème campagne de cueillette des olives en Palestine occupée - Halhul, samedi 12 octobre

Aujourd’hui nous partons cueillir avec Ahmad, son fils et un ami à Walajah à Jerusalem Ouest.

Ahmad est originaire de Walajah une région qui a été successivement colonisée, en 1948 divisée en deux par convoitise pour la voie de chemin de fer, puis en 1967 et en 1984. L’appropriation des terres par les colons a conduit les habitants à quitter leur maison. Ils ont été chassés vers le camp de réfugiés de Dheisheh à coté de Bethléem. Ahmad, professeur de langue arabe dans le camp où il vit, se bat aujourd’hui pour conserver sa terre en continuant, malgré l’interdiction, de récolter ses olives. L’endroit, situé en zone C, a en effet été décrété parc national par le gouvernement Israélien.
Pour s’y rendre nous devons contourner une route dont l’accès est bloqué, escalader et s’enfoncer à travers les landes, l’oliveraie se trouvant aujourd’hui au pied d’une des trois colonies. La vallée est devenue une zone résidentielle et de loisirs ( Zoo, aquarium, etc.) pour les colons.

Après avoir cueilli 120 kilos d’olives ( récolte maigre au vu de la difficulté d’accès et donc de l’entretien et de la taille des arbres), nous empruntons finalement la route interdite ce matin ( voie d’accès qui aurait été la plus simple pour atteindre le lieu de cueillette).

Des militaires israéliens arrivent alors, nous laissant, par précaution, juste le temps de dissimuler les sacs d’olives. Ahmad et nous même sommes interrogés sur notre présence, échange au cours duquel Ahmad explique la récolte de ses olives. Finalement, les militaires nous laisseront repartir avec la récolte en nous escortant jusqu’en zone B.

Suite à cet évènement, la cueillette de demain initialement prévue dans la même zone est annulée… les militaires ayant sommé Ahmad de ne pas revenir “avec ces gens là”.

18ème campagne de cueillette des olives en Palestine occupée, Farkha, le 12 octobre

Réappropriation du champ d oliviers en zone C

Après un petit déjeuner copieux, nous partons vers 8 heures, à quelques kilométrs de Farkha pour aider à la reconstruction d’un mur en pierre délimitant un champ d’oliviers se trouvant en zone C. L’ancien propriétaire, oncle de Bakr, parti au Koweit, a délaissé ce champ pendant plus de quinze ans avant de le vendre à un ancien chauffeur de bus de Salfit. Celui-ci a remis en culture le terrain il y a environ deux ans (aménagement de la parcelle, plantation d oliviers …). C’est un acte de résistance d’acheter et de cultiver une parcelle en zone C. La semaine dernière, l’armée israélienne est venue la démolir au bulldozer…

Une cinquantaine de personnes était présente pour reconstruire : membres du PPP, du Fatah, du Hamas, enfants et hommes du village (certains ont pris le risque de perdre leur autorisation de travailler dans les colonies en cas de contrôle par les autorités israéliennes), des femmes de l’association International Women Peace Organization et nous… En quatre heures (et quatre pauses), nous reconstruisons environ 250 m de mur d’une hauteur de 80 cm.

Sur le chemin de retour, nous nous arrêtons constater les dégâts occasionnés par l’armée israélienne sur une autre parcelle. Le propriétaire nous explique qu’après une vie à économiser pour aménager ce terrain pour y vivre, les autorités israéliennes lui proposent de le lui racheter. Suite à son refus, les bulldozers détruisent le travail de plusieurs décennies.

18ème campagne de cueillette des olives en Palestine occupée - Halhul, vendredi 11 octobre

Il est 12h30 quand on arrive à Halhul. Raed est aux champs, cueillir le raisin sûrement, il commence tout juste sa saison, beaucoup de temps passé à la coopérative.

On a l’après-midi devant nous, on se rend vers Hébron à pied, à 4 ou 5km de chez Raed. Nous faisons la rencontre d’Ibrahim qui se propose de nous faire un tour de la ville. Ibrahim habite dans la vieille ville en zone C. Il nous explique que depuis la 2ème intifada, la ville est séparée en deux.

La région d’Hébron compte environ plus de 200 000 Palestiniens, entre 400 et 800 colons et 700 000 habitants dans le gouvernorat d’Hébron.
On dénombre 120 checkpoints et 2000 soldats pour 400 colons. Cela fait donc cinq soldats pour un colon, ces derniers étant payés par le gouvernement pour occuper la ville.

Ibrahim nous emmène dans les hauteurs de la vieille ville voir des oliviers millénaires. Le plus vieux a 2000 ans. Plusieurs ont été brûlés par les colons. Ibrahim nous accompagne ensuite dans la rue des Martyrs, en descendant un escalier qu’il n’est pas autorisé à monter, pour nous montrer l’absurdité de l’organisation de la circulation des Palestiniens dans Hébron. Nous devons alors ensuite le quitter puisqu’il ne peut pas aller plus loin dans la colonie.

Toutes les échoppes, au rez de chaussée, sont fermées, portes soudées – on nous dira que 1400 magasins palestiniens ont été fermés dans la ville – et le nom de la rue a été changée pour David Hamenech.
Des Palestiniens continue d’occuper les étages, mais les colons leur rendent la vie impossible. Une voiture de police palestinienne stationne à la sortie du checkpoint pour protéger les palestiniens des agressions des colons le vendredi.

C’est en rencontrant Ahmad, 25 ans, dans un café que nous prendrons la mesure de l’oppression subie par les habitants palestiniens de Hébron.
Les Palestiniens sont battus et tués près des checkpoints, ou dans les rues.
L’armée israélienne entre dans les maisons jour et nuit. Les habitations sont volées par les colons pendant l’absence des Palestiniens ou après de lourdes pressions.

Les jeunes enfants sont arrêtés par l’armée pendant de longues heures. Les mêmes enfants courent sous les balles pour aller à l’école quand leurs familles les laissent y aller. Des bombes lacrymogènes sont lancées dans les écoles.

Pas de visite, pas de voiture, encore moins d’ambulance.
Ahmad nous dira que bien que l’armée bloque les observateurs internationaux, il est notable à Hébron, la présence de nombreux volontaires d’organisations de toute l’Europe et d’Amérique Latine, associations que nous espérons rencontrer lors d’une prochaine visite.