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Les mots sont importants

Dernier ajout : 25 août 2014.

SIONISME...

dimanche 17 août 2014

Nous avons choisi de consacrer un article de cette documentation à la question du « sionisme », tant il est vrai que ce mot, qui a pourtant un sens précis est utilisé aujourd’hui à toutes les sauces, voir complètement détourné, parfois pour des objectifs opposés mais souvent aussi par pure méconnaissance.

Aujourd’hui, en Israël, la religion est omniprésente dans la législation, dans la classe politique, dans le gouvernement, dans le Parlement et dans le débat public. Mais cela n’a pas toujours été le cas

En France, la défense inconditionnelle d’Israël est portée par des institutions (ex : le CRIF) affichant leur attachement à la religion juive : leur voix est habituellement présentée comme celle de tous les Juifs de France. Parallèlement, d’autres Juifs, laïques ou non, voire même patriotes israéliens défendant les droits du peuple palestinien sont systématiquement boudées par les médias. Politique et religieux sont souvent mêlés, pour le pire : on voudrait nous faire croire que l’adhésion à la religion impliquerait automatiquement un soutien indéfectible à Israël. Une des conséquences dramatiques étant d’assimiler toute personne de confession juive à un soutien de la politique Israélienne.

À chacun son sioniste ? Aujourd’hui, que ce soit par méconnaissance ou avec mauvaise foi, la plus grande confusion est créée autour de ce mot : certains affirment qu’être sioniste c’est simplement reconnaître, de fait, l’existence d’une nouvelle nation, d’autres que c’est seulement être un patriote israélien, d’autres que ça correspond au soutien inconditionnel d’Israël, d’autres que ça consiste à défendre les droits individuels des juifs, d’autres encore que ça doit s’appliquer à toute personne critiquant une position arabe. À l’inverse, être antisioniste signifie dans la bouche de certains être contre l’État d’Israël, pour d’autres être opposé à la colonisation et au non respect du droit international, pour d’autres être contre les Juifs.

Retour Historiquee

Un petit retour sur l’histoire permet d’éclaircir les choses.

  • Naissance du mouvement sionisme :
    Il s’agit d’une forme de nationalisme politique apparu en Europe centrale et théorisé par Théodor Herzl en 1897.

Un nationalisme parmi d’autres :
Au départ, ce n’est qu’une variante des multiples nationalismes ethniques apparus à la fin du 19° siècle, dans le sillage direct de l’expansion coloniale européenne où il semblait normal d’exporter ailleurs, quitte à ce que cela soit par la force, ce que l’on présentait comme des valeurs « de progrès ».

  • Contexte historique de la naissance du sionisme :
    L’idée communément admise d’un peuple juif chassé de Palestine durant l’Antiquité est aujourd’hui remise en cause par certains historiens (par exemple l’Israélien Shlomo Sand). Les communautés juives qui existaient un peu partout en Europe y étaient vraisemblement depuis l’antiquité. Elles étaient souvent victimes de racisme et de mesures discriminatoires (exemple : interdiction de posséder des terres) mais pas seulement... Souvent réduites à l’errance, à l’esclavage, ou confinées dans des ghettos, ces communautés n’en étaient pas moins très hétérogènes sur le plan social que les sociétés dans lesquelles elles évoluaient : On y trouvait des artisans, des marchands, des banquiers, des « Juifs de cour » (le commerce de l’argent étant traditionnellement interdit aux féodaux chrétiens européens, il déléguaient celui-ci aux commerçants juifs, n’hésitant pas de temps à autre à les rendre responsables des crises ou épidémies sévissant en Europe, à les accuser de sorcèlerie pour mieux accaparer leurs richesses).
    Dans les années 1880, de nombreux pogroms antisémites ont eu lieu en Europe centrale, tout spécialement en Russie, provoquant des vagues d’immigration vers l’Europe de l’Ouest, notamment vers la France considérée comme « le pays des Lumières ». En effet, la Révolution française n’avait-elle pas prôné l’idée d’assimilation de tous ? (la Constitution de 1793 accordait par exemple la citoyenneté immédiate à tout résident sur le territoire national qui défendait les idéaux révolutionnaires).
    Quand éclata l’affaire Dreyfus, des intellectuels juifs considérèrent alors que si, même en France, cette assimilation n’était pas possible, elle ne le serait nulle part ailleurs. D’où l’idée de regrouper les Juifs dans un État purement juif à l’intérieur duquel il n’y aurait aucun antisémitisme possible.
  • Les débuts du sionisme :
    Au 19° siècle, les Juifs sont regroupés en petites communautés éparses sur de vastes territoires, ne parlent pas tous la même langue. Ils ont une tradition religieuse ancienne qui a contribué à forger des identités qui peuvent être liées directement au sentiment d’appartenance religieuse (judaïsme) ou un sentiment d’appartenance culturelle liée aux ascendants (judéité).
    Au départ, le mouvement sioniste est essentiellement constitué de couches moyennes de la population et son audience reste très limitée. La majorité des Juifs d’Europe orientale adhère plutôt aux idées portées par le Bund, mouvement socialiste non sioniste, créé en 1897, qui prône une intégration dans les pays de résidence par la lutte et la solidarité avec l’ensemble du prolétariat, tout en revendiquant le respect de ses particularités culturelles.
    Mais qu’il s’agisse des sionistes ou des socialistes juifs, l’écrasante majorité d’entre eux considère la religion comme une idéologie rétrograde, dangereuse pour l’avenir des juifs (mis à part le mouvement Mizahi d’A. Kook, ultra marginal parmi les marginaux). C’est d’ailleurs ce qui explique les hésitations des sionistes sur le choix de l’implantation d’un État juif : Ouganda ? Argentine ? Palestine ?
    Pour les premiers sionistes, le sionisme n’est pas seulement un moyen de s’émanciper des nations, c’est aussi un moyen d’émancipation « du juif qui est en nous » : les textes sionistes ne manquent pas (qui ne dépareraient pas dans des journaux antisémites !) affichant un mépris total pour le Juif de la diaspora, religieux, efféminé, sale, pauvre, etc. Le « juif nouveau » devra être le contraire de cette caricature : grand, blond, viril … ashkénaze forcément !
  • La bascule de la guerre :
    Le génocide commis par les nazis aura plusieurs conséquences majeures : les communautés juives, totalement traumatisées (c’est un mot faible) redoutent des récidives à venir et ne croient plus dans la protection des puissances occidentales en Europe, le mouvement juif antisioniste est totalement détruit (exemple : ghetto de Varsovie tenu par le Bund).
    Malgré les révélations sur l’horreur de l’holocauste, l’antisémitisme n’a pas disparu en Europe et les puissances occidentales voient d’un bon œil la perspective de se débarrasser du « problème juif » en l’exportant ; et créer au Moyen Orient, un État entièrement redevable aux grandes puissances, et susceptible de leur servir de relais pour le contrôle de la région, n’est pas pour leur déplaire non plus. C’était la pièce maîtresse qui manquait au mouvement sioniste pour réaliser son projet : le soutien définitif des grandes puissances (l’Angleterre, à travers la déclaration Balfour de 1917, avait déjà bien anticipé les choses en permettant, durant toute la durée de son mandat sur la Palestine dans l’entre-deux guerres, l’implantation de nombreuses colonies juives sur le territoire de la Palestine dite « historique »).
  • Les caractéristiques de la colonisation sioniste :
    Au contraire des autres colonisations, qui visaient l’exploitation des populations indigènes, la colonisation sioniste est totalement exclusive et ce dès le départ, bien avant la création d’Israël : spoliation mais pas exploitation, chaque colonie fonctionne uniquement avec des Juifs. On connaît ensuite la célèbre formule Gola Méïr : « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre ».

Il faut noter (voir le film d’Eyal Sivan « La mécanique de l’orange ») que des communautés juives autochtones existaient en Palestine, précédemment à la colonisation (et à la création d’Israël) et n’avaient aucun problème particulier avec le reste de la population : chrétiens, musulmans, juifs vivaient côte à côte, travaillaient ensemble, parlaient la même langue, avaient des références culturelles communes, etc. Nombre d’entre elles vécurent douloureusement la colonisation sioniste et/ou le fait d’être brutalement assimilées aux occupants. Aujourd’hui encore, la communauté juive samaritaine de Naplouse continue à vivre au sein de la population palestinienne dont elle estime être une des composantes (elle était d’ailleurs officiellement représentée au sein du Conseil Municipal pourtant tenu par le Hamas jusqu’aux élections de 2012 et une place leur était réservée au Conseil législatif palestinien jusqu’en 2006).

  • Les bases du sionisme :
    La propagande sioniste a, dès le début, présenté l’option sioniste comme l’aboutissement normal de toute l’histoire et comme un devoir pour chaque Juif. C’est un discours idéologique bien rôdé , allié à une organisation technique performante , basé sur la colonisation et qui ne pouvait se mettre en œuvre qu’avec le soutien des grandes puissances.
    Mais le sionisme n’est pas seulement l’idéologie qui a permis la création de l’État d’Israël, c’est aussi la plupart du temps une forme d’expression de soutien inconditionnel à la politique d’expansion menée par l’État. C’est aussi, par extension, une vision du monde présentant la question juive comme universelle et éternelle : il y aurait une identité juive unique et partout, de toute éternité, le peuple juif serait forcément en butte à l’adversité, aurait donc à se défendre et sa survie dépendrait de l’existence d’Israël et de son extension.
    Il faut noter, toutefois, qu’aujourd’hui certains patriotes israéliens affichent leur opposition à la politique de leur gouvernement et soutiennent les revendications du peuple palestinien : sionistes, dans le sens où ils défendent le droit à un État, ils sont cependant opposés à la colonisation des territoires palestiniens et, en Israël même, militent pour l’égalité de traitement entre citoyens juifs et citoyens arabes. Certains religieux juifs sont également opposés à l’idée d’un État juif : pour eux, seule la venue du messie peut rétablir la place du « peuple élu » et toute création par les hommes est une usurpation : certains d’entre eux, certes minoritaires, affichent donc une position clairement antisioniste.
  • Évolution de la question religieuse :
    Il faut noter, dès le départ, l’asymétrie du plan de partage adopté par l’ONU en 1947 : d’un côté un État « pour les Arabes » (la Palestine) et de l’autre un État « pour les Juifs » (Israël). D’un côté une référence culturelle et, de l’autre, une ambiguïté culture/religion.
    Toutefois, de Herzl à Ben Gourion compris, les sionistes étaient farouchement hostiles à la dimension religieuse. C’est pour des raisons purement tactiques que ce dernier décide d’un pacte entre l’État et la religion, au moment de la création d’Israël en 48. À cette époque, Israël a besoin d’un lien avec la diaspora pour assurer un réservoir pour l’immigration et il lui faut se valoriser et se légitimer aux yeux de ses nouveaux citoyens religieux et/ou traditionalistes (majoritairement séfarades), elle a surtout besoin également d’un lien entre ses citoyens de cultures, de langues, d’histoires totalement différentes. La torah, définie par des rabbins sur la base de textes religieux, ne sera pas la loi : il y aura une loi laïque votée par un Parlement élu mais la religion occupera une place centrale (l’État finance les institutions religieuses, l’état civil est tenu par des religieux, il n’y a pas de mariages civils, etc).
    Le grand tournant de 1967 : après la guerre des 6 jours, ceux qui colonisent la Cisjordanie sont armés de fusils et des livres du rabbin Kook, laissant aux sionistes « laïcs » le soin de s’occuper des zones frontalières. Ainsi, ceux qui avaient été marginalisés, méprisés, par les sionistes « de gauche », prennent désormais un poids stratégique et politique de plus en plus important.
    Aux élections de 1977, les travaillistes perdent le pouvoir au profit du Likoud de Menahem Begin. Il s’agit cette fois de responsables politiques imprégnés de religiosité : la religion devient le discours officiel israélien.

En conclusion :

Le sionisme est donc très clairement une posture politique coloniale qui peut être portée et soutenue par des Juifs et des non-Juifs. A l’inverse, des Juifs peuvent être sans aucune ambiguïté opposés à la politique du gouvernement israélien, voire même antisionistes. Etre antisioniste ne signifie pas automatiquement vouloir jeter les Juifs à la mer : certains antisionistes pensent que la seule solution se trouve dans un État bi-national laïc où Juifs et Palestiniens pourraient vivre côte à côte, avec les mêmes droits et les même devoirs.

L’ensemble des éléments de connaissance sur le sionisme est indispensable pour être à même d’analyser le conflit israélo-palestinien et la situation actuelle et d’identifier également les personnes qui en parlent. Mais cela ne suffit pas : il faut aussi clairement afficher les valeurs choisies. C’est comme cela que l’on fera clairement la différence entre antisémitisme et antisionisme.


Et France Palestine dans tout cela ?

Pour France Palestine Solidarité, les choses sont claires : nous soutenons le peuple palestinien dans tous ses droits, très clairement définis par par l’ONU, bien que jamais appliqués. Nous soutenons donc les choix faits par les Palestiniens : construction immédiate d’un État palestinien aux côtés d’Israël, dans les frontières de 67, avec droit au retour pour tous les réfugiés. Comme chaque peuple victime de l’oppression, le peuple palestinien a le droit (reconnu par l’ONU) de résister. Nous ne nous substituons pas au peuple palestinien et nous interdisons de lui dire ce qu’il doit faire ou pas. Nous sommes convaincus que la sécurité et le bien-être des deux peuples, israélien et palestinien, sont intimement liés au respect du droit international et que la politique menée par les gouvernements israéliens successifs est à la fois criminelle et suicidaire.

Nous travaillons avec toutes les personnes de bonne volonté affichant le respect des droits de l’homme et leur attachement à ces principes. Notamment, nous coopérons avec les Israéliens et les Juifs qui soutiennent les droits du peuple palestinien et appelons avec eux au boycott de l’état colonial. Ce conflit n’étant ni un conflit ethnique, ni un conflit religieux, mais un conflit politique, nous condamnons par avance toute personne ou organisation tentant d’instrumentaliser cette juste cause, tout particulièrement dans des objectifs antisémites : c’est tous ensemble, chrétiens, athées, juifs ou musulmans que nous devons nous unir pour lutter contre les violations du droit par le gouvernement israélien.

Nous dénonçons avec force les sionistes qui tentent de présenter cette juste lutte comme un acte d’antisémistisme : la meilleure garantie pour assurer aujourd’hui la quiétude des personnes de religion et/ou de culture juive partout dans le monde c’est précisément de contraindre Israël à cesser de se comporter en État voyou.

(On pourra utilement se reporter aux ouvrages de Michel Warschavki et de Pascal Boniface)